Faire la navette en 1746 avec un métier d’époque : toute une histoire !

 

MUSEE DE LA RUBANERIE

Faire la navette en 1746 avec un métier d’époque : toute une histoire ! 

Présenté par : Olivier Clynckemaillie, Conservateur-Directeur, Délégué général

 

Un précurseur des Lumières, l’abbé Pluche, a entrepris dans la première moitié du XVIIe siècle, de décrire le monde en plusieurs volumes. Il s’est notamment penché sur le textile et les instruments entrant en compte dans le tissage de rubans et d’étoffes. Ces travaux ont été intégralement repris (à l’exception de petits dialogues théologiques et philosophiques liant les différentes parties de l’ouvrage) par Diderot et d’Alembert qui iront jusqu’à publier aussi les mêmes planches illustrées dues aux frères Le Bas !

Dans la dernière partie du tome VI du « Spectacle de la nature », la planche XXX et les pages 563 à 568 présentent et définissent les « Termes de la Rubanerie ». Sur la gravure apparaît un métier au bâti de bois muni de son banc amovible et de ses marches. Ce type d’engin est encore « traditionnel » et il est à noter que l’abbé Pluche ne présente pas le métier à barre, pourtant connu en France (dont à Comines) dès la fin du XVIIe siècle (comme le rappellent les Archives municipales de Comines). Néanmoins, la description que livre Pluche des pièces et outils s’avère des plus intéressantes, notamment afin d’étoffer un vocabulaire typique au monde rubanier et qui, par simplifications successives comme par oubli ou par requalification, a beaucoup évolué. Mieux encore, certains vocables, s’ils ont aujourd’hui disparu de la langue française, se sont cristallisés dans des langues étrangères ou demeurent bien vivaces dans les expressions vernaculaires. 

Ainsi en va-t-il de la navette. Dénommée « spoel » en néerlandais, « spool » en anglais, elle appelle pourtant des origines francophones ! Pour s’en souvenir, il faut en étudier l’évolution au fil du temps. A l’origine, la navette est une petite pièce profilée en bois, en ivoire, en os ou en métal, portant en son sein le fil de trame. De raffinement en raffinement, la navette primitive a laissé sa forme basique et ses petites encoches contenant le fil de trame pour un outil plus spécialisé. La trame y a alors été incluse via une petite bobine sur laquelle elle s’enroulait par l’entremise d’une petite broche : la canette. La frontière entre la petite bobine destinée à contenir le fil de trame et l’instrument qui la porte est donc des plus ténues en français, à l’exception, comme le prouve une étude approfondie du terme à travers les âges, du patois picard !

« Le Spectacle de la nature » démontre donc que l’abbé Pluche ne prétend pas livrer une somme immuable mais bien entretenir ses lecteurs (et/ou ouailles) à ouvrir les yeux et à s’émerveiller (car tel est bien le sens qu’il faille donner au terme « spectacle ») devant l’univers afin d’étoffer leurs propres connaissances. En ce sens, il s’inscrit parfaitement dans son époque tout en ouvrant les voies à une démarche scientifique plus cartésienne qui se cristallisera notamment dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Quoi qu’il en soit, grâce notamment à l’abbé Pluche, toute la lumière a pu être faite sur la navette !

Plus d'infos sur le Musée de la Rubanerie à Comines. 

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